ACTUALITÉS

© Stéphane Gaillochon

SANS MODÉRATION(S)

• création 2026
tout public (à partir de 13ans)

9 représentations Lycées et Collèges de l’Hérault du 05/12/2025 au 08/12/2025 Dans le cadre de Art en classe  → avec la scène de Bayssan Hérault Culture

Équinoxe scène nationale de Châteauroux
• 20/01/2026 → 20H30
• 21/01/2026 → 10H00

Théâtre Jean Vilar Montpellier
• 12/02/2026 → 20H00
• 13/02/2026 → 14H30

Scène de Bayssan – Théâtre Michel Galabru Béziers
• 19/02/2026 → 14H00
• 19/02/2026 → 20H00

Alenya salle Marcel Oms pôle Machado
• 14/03/2026 → 20H30

J’ai commencé à travailler sur la modération de contenus il y a quelques années, après avoir lu une enquête du Monde sur le sujet qui m’avait sidérée. J’ai compris que les contenus signalés par les utilisateurs car jugés choquants, trop violents ou inappropriés n’étaient pas traités par des algorithmes comme je le pensais jusqu’ici sans m’être jamais vraiment posé la question, mais bien par des êtres humains. Les modérateurs et modératrices font ce qu’aucune avancée technologique ne peut prétendre faire à leur place pour l’instant : regarder, huit heures par jour, tout ce que le Net comporte de pire, et choisir le sort de chaque contenu. Pour qu’on puisse continuer de surfer sereinement sur les réseaux, des employés de l’ombre abîment leur santé mentale. Et je ne savais même pas qu’ils existaient.

Quand j’ai découvert les enjeux passionnants qui entourent la modération, j’ai ressenti une forme d’évidence, un désir très fort de créer une fiction qui permette de pénétrer les coulisses de ce monde ultra-cadenassé. Ce sujet concentre tout ce que j’aime dans une histoire : l’intime et le politique ; l’actuel et l’universel ; la nature humaine dans toute sa cruelle et magnifique complexité. Les choix de modération ont un caractère complexe et politique évident. Ils définissent, suivant des règles préétablies dans un contexte américain et appliquées au reste du monde, les contours de la censure.

Mais au-delà de l’intérêt du sujet, encore peu investi par la fiction, il m’est difficile d’exprimer à quel point celui-ci m’a parlé intimement. Il est entré en collision avec une période d’angoisses et de questionnements vis-à-vis l’avenir, au moment où je préparais mon entrée sur le marché du travail et dans la vie d’adulte. Certains états de sidération traversés face à l’actualité violente ont créé une empathie immédiate avec le sort des modérateurs. J’ai été autant attirée par le fait de sonder leurs ressentis face à cette exposition quotidienne à toutes sortes d’horreurs que de chercher les procédés psychologiques qui les en protègent, au moins sur le moment. Comment continuer d’avoir envie de vivre, d’aimer ça, quand on est immergés 8h par jour dans une galerie des sept péchés capitaux numérisés ? Il y avait une envie d’approcher la bataille qui peut faire rage en chacun entre élan de vie et pulsion de mort.

Pour faire émerger la fiction, nombreuses sont les questions qui ont constitué des défis d’écriture. L’une d’elles concernait la violence : que dévoiler ou non de celle à laquelle sont confrontés les personnages ? Comment en montrer assez pour créer une empathie avec eux, tout en évitant l’écueil du voyeurisme et du sensationnel ? L’idée des apparitions est arrivée en début d’écriture. Il fallait faire revenir la chair, faire surgir des êtres que l’on tient parfois à distance, loin derrière nos écrans. Les faire cohabiter dans cet open space, et comme le clame le slogan de Facebook,

« rapprocher les différents coins du monde ». Ce surgissement de présences me parait encore plus puissant sans avoir recours à des projections numériques. Cette présence physique crée une émotion que seul le théâtre peut apporter.

J’ai tenté d’imaginer la trajectoire d’une jeune femme, Alexa, que la vie a amenée à accepter un emploi de modératrice. D’imaginer le lien qu’elle tisse avec ses collègues, et qui ils sont, eux aussi. Les impacts que ce travail a sur son rapport avec son entourage et au réel. Et ce qu’une grossesse inattendue pourrait provoquer en elle.

Comment le fait de porter un enfant pourrait lui faire reconsidérer la violence à laquelle elle est confrontée et à laquelle elle a dû s’habituer par protection. Comme les digues doivent céder et comme la question de savoir s’il est éthique, moral ou souhaitable de mettre un enfant au monde doit singulièrement se poser.

 

La pièce prend la forme d’un huis clos, laissant en-dehors de l’espace de travail tout indice de la vie privée de chacun. Les seuls éléments qui nous parviennent sont ceux, virtuels, des messages vocaux laissés par Roman. Ce n’est qu’au moment où Alexa passe à son tour derrière l’écran, devient un contenu, que cette vraie vie autour ressurgit, et l’amour apparaît alors comme l’ultime élan de vie. Si la fin est loin d’être optimiste, j’ai voulu laisser à Alexa cette piste plus lumineuse, l’espoir d’y trouver du réconfort pour la suite de sa vie qui, finalement, ne fait que commencer.

Grâce aux Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre dont il est lauréat, ce texte a pu trouver un éditeur (Lansman). Il a ensuite reçu l’Aide à la Création d’Artcena qui m’a fait partir en quête d’une compagnie avec qui j’aimerais collaborer. Je ne pouvais pas rêver mieux que de rencontrer le travail de Jean-Baptiste Tur. J’ai trouvé dans l’univers thématique et esthétique du Grand Cerf Bleu différents échos à mes préoccupations, mais surtout à mes goûts de spectatrice. L’intelligence avec laquelle il aborde les textes et l’inventivité de ses mises en scène me font dire qu’il est le partenaire idéal pour cette première création du texte.

Cinq ans après son écriture, Jean-Baptiste m’a proposé, à l’occasion de la création, de revenir sur le texte et d’en actualiser certains passages pour créer des échos à l’actualité. C’était un travail passionnant : il est rare en tant qu’autrice d’avoir l’occasion de cette réécriture, et ce processus m’a rassurée. Moi qui avais peur que la pièce se « périme » rapidement, je me suis rendu compte qu’elle prenait simplement une teinte différente aux vues des plus récents événements (ce qui, politiquement, est loin d’être rassurant). Nous nous permettrons certaines références implicites à des événements récents, tout en conservant le parti-pris du texte de ne pas citer de noms de personnes ou d’entités réelles qui rapprocheraient ce monde fictif d’une esthétique trop documentaire.

Le texte est destiné à un public aussi bien adolescent qu’adulte. Il m’a semblé important qu’il puisse être lu par un public jeune, à partir de 14 ans environ, concerné au premier plan par ces questions et enjeux dont on n’a pas forcément conscience quand on fait son entrée fracassante sur les différents réseaux sociaux. J’espère que ce texte saura parler à chacun et chacune ; à cet endroit inquiet, angoissé de notre rapport au monde auquel le théâtre sait merveilleusement tenir compagnie.

Azilys Tanneau

Conception : Jean-Baptiste Tur • Texte : Azilys Tanneau • Mise en scène : Jean-Baptiste Tur • Assistant à la mise en scène : Joris Rodriguez • Avec : Clara Lambert, Côme Paillard, Louise Saillard Rezaire • Musique de scène : Thomas Delpérié • Scénographie : Cécile Marc • Création lumière : Claire Eloy • Création son : Jules Tremoy •  Création Images : Marine Cerles • Costumes : Floriane Gaudin • Direction de production et développement : Nathalie Carcenac

LE GRAND CERF BLEU  

COPRODUCTION : Équinoxe Scène Nationale de Châteauroux • Théâtre Jean Vilar Montpellier • Alénya service culturel • Soutien : Scène de Bayssan Hérault Culture

Le texte Sans modération(s) est publié chez Lansman Éditeur

Il a été a été lauréat de l’Aide à la création d’Artcena et finaliste des Grands Prix de Littérature Dramatique 2023 et a reçu à cette occasion lecoup de cœur des jeunes de l’association Des jeunes et des lettres

durée estimée 1h

SANS MODÉRATION(S)

• création 2026
tout public (à partir de 13ans)

© Stéphane Gaillochon

9 représentations Lycées et Collèges de l’Hérault du 05/12/2025 au 08/12/2025 Dans le cadre de Art en classe  → avec la scène de Bayssan Hérault Culture

Équinoxe scène nationale de Châteauroux
• 20/01/2026 → 20H30
• 21/01/2026 → 10H00

Théâtre Jean Vilar Montpellier
• 12/02/2026 → 20H00
• 13/02/2026 → 14H30

Scène de Bayssan – Théâtre Michel Galabru Béziers
• 19/02/2026 → 14H00
• 19/02/2026 → 20H00

Alenya salle Marcel Oms pôle Machado
• 14/03/2026 → 20H30

J’ai commencé à travailler sur la modération de contenus il y a quelques années, après avoir lu une enquête du Monde sur le sujet qui m’avait sidérée. J’ai compris que les contenus signalés par les utilisateurs car jugés choquants, trop violents ou inappropriés n’étaient pas traités par des algorithmes comme je le pensais jusqu’ici sans m’être jamais vraiment posé la question, mais bien par des êtres humains. Les modérateurs et modératrices font ce qu’aucune avancée technologique ne peut prétendre faire à leur place pour l’instant : regarder, huit heures par jour, tout ce que le Net comporte de pire, et choisir le sort de chaque contenu. Pour qu’on puisse continuer de surfer sereinement sur les réseaux, des employés de l’ombre abîment leur santé mentale. Et je ne savais même pas qu’ils existaient.

Quand j’ai découvert les enjeux passionnants qui entourent la modération, j’ai ressenti une forme d’évidence, un désir très fort de créer une fiction qui permette de pénétrer les coulisses de ce monde ultra-cadenassé. Ce sujet concentre tout ce que j’aime dans une histoire : l’intime et le politique ; l’actuel et l’universel ; la nature humaine dans toute sa cruelle et magnifique complexité. Les choix de modération ont un caractère complexe et politique évident. Ils définissent, suivant des règles préétablies dans un contexte américain et appliquées au reste du monde, les contours de la censure.

Mais au-delà de l’intérêt du sujet, encore peu investi par la fiction, il m’est difficile d’exprimer à quel point celui-ci m’a parlé intimement. Il est entré en collision avec une période d’angoisses et de questionnements vis-à-vis l’avenir, au moment où je préparais mon entrée sur le marché du travail et dans la vie d’adulte. Certains états de sidération traversés face à l’actualité violente ont créé une empathie immédiate avec le sort des modérateurs. J’ai été autant attirée par le fait de sonder leurs ressentis face à cette exposition quotidienne à toutes sortes d’horreurs que de chercher les procédés psychologiques qui les en protègent, au moins sur le moment. Comment continuer d’avoir envie de vivre, d’aimer ça, quand on est immergés 8h par jour dans une galerie des sept péchés capitaux numérisés ? Il y avait une envie d’approcher la bataille qui peut faire rage en chacun entre élan de vie et pulsion de mort.

Pour faire émerger la fiction, nombreuses sont les questions qui ont constitué des défis d’écriture. L’une d’elles concernait la violence : que dévoiler ou non de celle à laquelle sont confrontés les personnages ? Comment en montrer assez pour créer une empathie avec eux, tout en évitant l’écueil du voyeurisme et du sensationnel ? L’idée des apparitions est arrivée en début d’écriture. Il fallait faire revenir la chair, faire surgir des êtres que l’on tient parfois à distance, loin derrière nos écrans. Les faire cohabiter dans cet open space, et comme le clame le slogan de Facebook,

« rapprocher les différents coins du monde ». Ce surgissement de présences me parait encore plus puissant sans avoir recours à des projections numériques. Cette présence physique crée une émotion que seul le théâtre peut apporter.

J’ai tenté d’imaginer la trajectoire d’une jeune femme, Alexa, que la vie a amenée à accepter un emploi de modératrice. D’imaginer le lien qu’elle tisse avec ses collègues, et qui ils sont, eux aussi. Les impacts que ce travail a sur son rapport avec son entourage et au réel. Et ce qu’une grossesse inattendue pourrait provoquer en elle.

Comment le fait de porter un enfant pourrait lui faire reconsidérer la violence à laquelle elle est confrontée et à laquelle elle a dû s’habituer par protection. Comme les digues doivent céder et comme la question de savoir s’il est éthique, moral ou souhaitable de mettre un enfant au monde doit singulièrement se poser.

La pièce prend la forme d’un huis clos, laissant en-dehors de l’espace de travail tout indice de la vie privée de chacun. Les seuls éléments qui nous parviennent sont ceux, virtuels, des messages vocaux laissés par Roman. Ce n’est qu’au moment où Alexa passe à son tour derrière l’écran, devient un contenu, que cette vraie vie autour ressurgit, et l’amour apparaît alors comme l’ultime élan de vie. Si la fin est loin d’être optimiste, j’ai voulu laisser à Alexa cette piste plus lumineuse, l’espoir d’y trouver du réconfort pour la suite de sa vie qui, finalement, ne fait que commencer.

Grâce aux Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre dont il est lauréat, ce texte a pu trouver un éditeur (Lansman). Il a ensuite reçu l’Aide à la Création d’Artcena qui m’a fait partir en quête d’une compagnie avec qui j’aimerais collaborer. Je ne pouvais pas rêver mieux que de rencontrer le travail de Jean-Baptiste Tur. J’ai trouvé dans l’univers thématique et esthétique du Grand Cerf Bleu différents échos à mes préoccupations, mais surtout à mes goûts de spectatrice. L’intelligence avec laquelle il aborde les textes et l’inventivité de ses mises en scène me font dire qu’il est le partenaire idéal pour cette première création du texte.

Cinq ans après son écriture, Jean-Baptiste m’a proposé, à l’occasion de la création, de revenir sur le texte et d’en actualiser certains passages pour créer des échos à l’actualité. C’était un travail passionnant : il est rare en tant qu’autrice d’avoir l’occasion de cette réécriture, et ce processus m’a rassurée. Moi qui avais peur que la pièce se « périme » rapidement, je me suis rendu compte qu’elle prenait simplement une teinte différente aux vues des plus récents événements (ce qui, politiquement, est loin d’être rassurant). Nous nous permettrons certaines références implicites à des événements récents, tout en conservant le parti-pris du texte de ne pas citer de noms de personnes ou d’entités réelles qui rapprocheraient ce monde fictif d’une esthétique trop documentaire.

Le texte est destiné à un public aussi bien adolescent qu’adulte. Il m’a semblé important qu’il puisse être lu par un public jeune, à partir de 14 ans environ, concerné au premier plan par ces questions et enjeux dont on n’a pas forcément conscience quand on fait son entrée fracassante sur les différents réseaux sociaux. J’espère que ce texte saura parler à chacun et chacune ; à cet endroit inquiet, angoissé de notre rapport au monde auquel le théâtre sait merveilleusement tenir compagnie.

Azilys Tanneau

Conception : Jean-Baptiste Tur • Texte : Azilys Tanneau • Mise en scène : Jean-Baptiste Tur • Assistant à la mise en scène : Joris Rodriguez • Avec : Clara Lambert, Côme Paillard, Louise Saillard Rezaire • Musique de scène : Thomas Delpérié • Scénographie : Cécile Marc • Création lumière : Claire Eloy • Création son : Jules Tremoy •  Création Images : Marine Cerles • Costumes : Floriane Gaudin • Direction de production et développement : Nathalie Carcenac

LE GRAND CERF BLEU  

COPRODUCTION : Équinoxe Scène Nationale de Châteauroux • Théâtre Jean Vilar Montpellier • Alénya service culturel • Soutien : Scène de Bayssan Hérault Culture

Le texte Sans modération(s) est publié chez Lansman Éditeur

Il a été a été lauréat de l’Aide à la création d’Artcena et finaliste des Grands Prix de Littérature Dramatique 2023 et a reçu à cette occasion lecoup de cœur des jeunes de l’association Des jeunes et des lettres

durée estimée 1h